Second jour
Manufacture de tabac – Tonneins (47)

Second jour, manufacture de tabac, Tonneins
La manufacture se situe au coeur de la ville. Massive, impressionnante, imperméable, elle s’élève le long de la rue Gambetta et de la place de la manufacture. Une place qu’elle fut autrefois mais dont il ne reste qu’une simple rue depuis sa première extension. Il s’agit pour autant d’un ouvrage de grande qualité architecturale qui siège au sein de la ville. Avant il était le lieu d’épanouissement, de rencontres, de peines et de joies à travers le travail ; un lieu de vie en somme. Aujourd’hui le véritable poumon de la ville s’est éteint, privé d’air et de ceux qu’il faisait vivre, il se replie peu à peu sur lui-même tournant le dos à celle qui l’a vu naître : la ville de Tonneins.
Le projet Second Jour est une résurrection. Il est le temps où le socle s’ouvre de nouveau à la ville. Reprenant l’architectonique répétitive et puissante du bâtiment, il dévoile en son sein trois cours. Trois cours pour trois ambiances et une pluralité totale de l’usage qui tend à son abstraction absolue. C’est l’architecture du lieu qui convoque les usages et s’oppose aux programmations prédéfinies. Il s’agit de redécouvrir le lieu par ses volumes, ses ouvertures et les lumières qu’elles octroient. La rigueur de la structure semblable à celle des façades permet à travers sa trame la définition d’espaces servants et servis. Cette mise en situation par la rationalité de noyaux utiles et d’espaces de circulation libère ainsi l’imaginaire et le champ des possibles.
La réécriture radicale du socle n’intervient cependant pas le long de la Place de la manufacture où la libération de la trame périphérique extérieure pour en faire une coursive devenant terrasse lui est préférable. Derrière le mur maçonné et les grandes ouvertures qui la longent, un café-restaurant voit le jour. Il s’agit de s’emparer de toute une épaisseur de façade pour la rendre pleinement publique et extérieure en effaçant les menuiseries.
Concernant les deux premières cours historiques, l’élaboration sans concession d’une coursive sur toute la trame périphérique interne du bâtiment permet de redonner à voir le coeur du bâtiment comme on parcourait un cloître. De nouveau, l’acte fort d’enlever les menuiseries permet de recomposer d’une part une cour minérale s’inscrivant comme un parvis d’accueil libre et appropriable, véritable extension de l’espace public ; et d’autre part une cour largement arborée, un véritable jardin calme, paisible et propice à la flânerie sur lequel donnent les logements traitant ainsi l’intimité.
La jonction entre les deux s’intensifie par le centre culturel-médiathèque qui s’élève jusqu’aux combles en dévoilant lumières, patios, double-hauteurs et jeux de transparence. Il traite seuil et passage à travers un clos limité pour spatialités sans limite. Adossés à la parcelle de la maison du directeur, les logements sont eux le fruit de ces hauteurs sous plafond généreuses et de cette structure qui appelle la modularité. C’est ainsi qu’interviennent duplex et simplex tous desservis par cette coursive rendue extérieure mais protégée de la pluie par un système de ventelles en verre. La coursive se définit ici comme étant le juste compromis entre une rue intérieure et une terrasse habitable commune.
Enfin apparaît la troisième cour. Bien plus grande et étirée, elle prend la forme d’un parc dessiné avec un bassin central. Elle est tenue de tous cotés par la structure de poteaux-poutres béton résultant de l’extension des années 50. Ce bâtiment dont la structure et les dalles béton sont pérennes est une réserve foncière majeure pour Tonneins. Aussitôt protégé de la pluie par un fin couvert reposant sur une extension de charpente métallique, il se transforme en plateaux capables. Là aussi régis par une coursive centrale desservant chaque niveau, ces plateaux sont libérés des accès verticaux alors renvoyés en façade. Au même moment, des noyaux techniques modulaires et ponctuels voient le jour dans la trame centrale. L’espace peut alors être appréhendé de mille et une manières dans les usages ou dans le temps. En façade de grandes toiles sont tendues et s’articulent à de fins montants qui permettent de les replier complètement ou partiellement, au gré des envies et de l’ensoleillement. Ce système générique permet d’appréhender l’occupation du bâtiment de manière ponctuelle au fur et à mesure que les années passent sans jamais renoncer à sa cohérence architecturale.
L’entièreté du projet de réhabilitation repose sur une idée : celle de se mettre en retrait des façades d’une trame afin de résonner à une échelle plus humaine sans affaiblir le dessin de la Manu. Les coursives sur cour ne sont plus uniquement le but mais la règle fixée afin de proposer un système générique rigoureux. Il est applicable à l’ensemble du bâtiment et s’articule sur plusieurs phases vouées à s’étaler sur un temps très long. La mise en espace est l’outil de résolution d’un problème à première vue insoluble : la conservation sans concession de l’identité du bâtiment et ainsi de la ville de Tonneins.

Démolition

Vue 2

Vue 1

Perspective 1

Perspective 2

Perspective 3

Perspective 4

Perspective 5

Logement

Centre culturel

Vues du logement

Plan du rez-de-chaussée

Plan R+1

Plan R+2
Fiche projet
Auteur
BOUTIN&DISDIER Architectes, Barre Aude et Lahille Elie
Année
2024
Localisation
Tonneins (47)
Programme
Réhabilitation de la manufacture de tabac de Tonneins
Cadre
Projet étudiant